Rendez votre psychanalyse opérationnelle !

Avant de devenir psychanalyste, j’ai eu une première vie professionnelle bien remplie : j’ai créé et dirigé des entreprises. Et puis, au bout du compte, à un moment donné, je me suis demandé : quel est le sens de tout cela ?

Alors j’ai cherché, longtemps, je suis entré en psychanalyse à raison de trois séances par semaine. À la fin de ma cure, ma propre analyste m’a assuré (ce qu’elle ne faisait jamais, m’a-t-elle dit) que je pouvais devenir psychanalyste ! Mais à l’époque, j’avais « le nez dans le guidon », et j’ai poursuivi ma vie comme si de rien n’était. Puis un déclic s’est produit. Alors j’ai suivi des formations, en plus de ma vie familiale et professionnelle.

Mes entreprises de communication, de design, de recherche de noms de marque avaient toutes à voir avec le langage et l’image. Tout comme la psychanalyse. Elles prétendaient donner du sens à un nom, à une marque, à un produit, tout comme la psychanalyse prétend que le patient se donne du sens à lui-même après une cure. Je ressentais une cohérence dans ma démarche.

Mes expériences professionnelles et associatives, les situations humaines dans lesquelles je me suis retrouvé me sont d’une aide considérable. Elles m’ont permis de rencontrer des gens divers, des cas complexes que je retrouve parfois dans mon cabinet.

À la fin de ma propre psychanalyse, je me suis toutefois demandé pourquoi ma cure avait duré si longtemps. Certes, après une psychanalyse, le patient sait donner lui-même un sens à sa vie, pour tendre vers le bonheur, assez pour que des symptômes s’atténuent. Mais, depuis que je pratique, je me demande pourquoi ce patient-là ne serait pas aidé par le psychanalyste lui-même après la cure, dès lors qu’il entreprend de mettre en œuvre un changement de vie, un changement d’habitudes tendant à atténuer ses symptômes et à lui rendre la vie supportable et plus belle ?

La naissance de la psychanalyse opérationnelle

C’est ainsi que j’ai voulu que la psychanalyse soit  opérationnelle.

J’essaie non pas de réinventer la psychanalyse, qui reste ce qu’elle est, mais de proposer une méthode. La psychanalyse elle-même, en ce qui me concerne d’essence lacanienne, est précédée d’une phase destinée à définir ce qui ne va pas et à établir avec le psychanalyste des objectifs, même dans les grandes lignes.

Elle est suivie de séances utilisant des outils spécifiques, appropriés à chaque personne, permettant d’établir une « feuille de route ». Le patient, pendant ces séances, travaille en face-à-face avec son analyste, qui le connaît bien. Il ne s’agit pas là de protocoles tout faits : les outils que j’utilise s’adaptent à chaque cas. Le patient peut aussi travailler seul, chez lui.

La psychanalyse opérationnelle n’est pas une « thérapie » cognitivo-comportementale (T.C.C.), un processus bref relevant d’une modification du comportement et constituant un « pansement », certes parfois utile pour atténuer un symptôme dans l’immédiat et soulager le patient.

Elle recherche à la fois la cause du symptôme, du mal-être dans l’inconscient, puis juxtapose une phase de prise de décision et d’apport de solution dans une phase de pleine conscience.

Certes, une psychanalyse dure toute une vie, car nous sommes tous à la recherche de sens, de bien-être. Cette méthode-là est opérationnelle : elle fait gagner un peu de temps dans une cure psychanalytique, car ce siècle nous en vole beaucoup.

Jean-Jacques Urvoy

A paraître en Janvier 2020 : « Qu’est-ce qu’on Lacan pour être heureux ? » (Eyrolles Ed.), en prévente chez FNAC

Photo : ©JeanPierre, Fotocommunication

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