Psychanalyse et peur au quotidien

La réalité du monde d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’hier. Nous ne sommes pas tous prêts à en recevoir la brutalité, et cela a assurément un lien avec les symptômes d’aujourd’hui ! Il nous faut désormais intégrer dans notre quotidien des éléments nouveaux, qui nous minent l’existence sans qu’on s’en rende toujours compte : l’information en continu, le terrorisme, le chômage, les guerres permanentes qui tuent des enfants et des civils, la difficulté de vivre ensemble, la nécessaire mobilité avec des déplacements fatigants, la « famille recomposée », la déstructuration des rituels (le repas ensemble, les fêtes de village, le défilé aux lampions)… Tous ces facteurs-là n’existaient pas avant.

Face à l’accélération subite et continue de la technologie, avec le digital et l’intelligence artificielle notamment, nous avons souvent du mal à suivre. Trop d’identifiants, de codes, de nouvelles applications, de nouvelles versions ou de nouveaux modèles dont nous n’avons pas forcément besoin ! Tout cela nous fait oublier l’essentiel.

Nous sommes sollicités par descommerciales qui nous en demandent toujours plus : gérer nous-mêmes nos comptes bancaires, arriver dans un hôtel puis en repartir sans avoir vu personne, scanner soi-même ses produits au supermarché, commander en ligne…

Aujourd’hui, il nous faut aussi faire le constat d’évènements qui pourraient nous être extérieurs mais auxquels nous sommes nécessairement confrontés : la disparition d’espèces animales et végétales, l’utilisation de produits toxiques pour la santé (pesticides, huile de palme, etc.), le surmenage au travail, la charge mentale, les questions éthiques et bioéthiques, le réchauffement climatique…

Sans compter sur le fait que les Français ont peur. Comme le rappelait déjà Françoise Giroud en 1997[1], avec justesse : « Voilà que, depuis vingt ans, nous avons, en France, tourné le dos à l’espérance et nous l’avons remplacée par la peur. Peur de perdre son emploi, peur de perdre sa couverture sociale, peur des immigrés, peur de Le Pen, peur de Maastricht, peur de la mondialisation de l’économie, peur pour les enfants qui ne connaîtront plus l’ascenseur social, et tout cela finit par tourner à la peur de vivre. »

Alors qu’il devrait contribuer à notre bonheur, cet environnement complexe apporte de nouvelles difficultés, qui s’ajoutent aux nôtres déjà présentes, constituant parfois un terreau de mal-être et de dépressions.

[1] Arthur ou le bonheur de vivre, éditions Fayard, 1997.

 

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