Colloque Enfants 2030: c’est parti!

Le 23 février 2011, par Jean-Jacques URVOY
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J’anime le 3 mars le colloque organisé par l’ANVIE: ENFANTS 2030, où viendront de nombreux experts. Isabelle Mazarguil, de la revue en ligne nosjuniors.com a pris la température en m’appelant. A lire ci-dessous avant de s’inscrire au colloque en cliquant ici. Mais attention: les avis divergeront en matière de prospective enfantine! Extrait.

« Les enfants de 2011, ouverts sur le monde et les nouvelles technologies, déstabilisent déjà leurs parents. Que dire alors de la projection esquissée par Jean-Jacques Urvoy, consultant et enseignant, qui imagine un enfant de 2030 autonome et organisant sa vie autour de tribus n’incluant pas forcément leurs parents ? (…) Comment voyez-vous les enfants dans 20 ans ?

Je le vois bousculant les repères ancestraux de la famille, autonome et mûr dès son plus jeune âge. La notion d’enfant au cours de l’Histoire a fluctué. Au Moyen-âge, les garçons devenaient rois à 8 ans, travaillaient à la ferme à 10. La notion d’enfant renvoyait finalement aux moins de 6 ans, aux enfants qui n’étaient pas encore capable de se rendre utiles. La société moderne a étendu l’enfance jusqu’aux 12 ans, car ils sont obligatoirement scolarisés.Je pense qu’en 2030, notre vision de l’enfant aura encore changé. L’enfant restera celui que l’on connait en dessous de 6 ans, mais que celui de 6 à 12 ans aura considérablement changé. Deux faits majeurs y contribueront, dont nous observons déjà les effets de nos jours :- la déstructuration de la famille. Avec un taux de divorce en constante augmentation, le nombre de familles monoparentales et recomposées augmente déjà exponentiellement. La famille dite classique perdra encore du terrain.
– la déstructuration des emplois du temps. Puisque les parents sont toujours plus happés par leur travail, que les nouvelles technologies abolissent la frontière entre la maison et le bureau, nous pouvons nous attendre, comme aux Etats-Unis, à une disparition des repas pris en commun et plus généralement à celle des moments en famille.
Ces évolutions amènent l’enfant à se replier sur lui et vivre pour lui de plus en plus tôt. L’enfant prend conscience – et en 2030 probablement dès 6 ans – qu’il va devoir largement gérer seul sa vie.


Comment se traduira cette gestion autonome de sa vie par l’enfant ?

Lorsque nous interrogeons des groupes d’enfants hors de la présence de leurs parents, nous constatons que :

- les enfants s’expriment et sont bien plus matures que leurs parents nés pendant les 30 glorieuses
– ils décident bien plus tôt de ce qu’ils veulent
– ils ont conscience d’avoir un fort pouvoir d’influence

L’enfant de 2030 va choisir sa « famille ».


Comment un enfant pourrait-il choisir sa famille ?

Par famille, il faut entendre non la famille génétique, mais l’appartenance. On appartient à une famille grâce aux mêmes codes. (..) les tribus dans les cours de récré. Quel que soit le point initial, une rumeur ou une mode s’étend parce que les enfants ont très tôt un réseau, dans la cour, sur Facebook, etc… Les parents continuent de penser qu’ils transmettent ces valeurs, ces codes qui constituent une famille, sans s’apercevoir que très vite,  un enfant a le choix entre plusieurs familles, sachant que chacune a des fonctions différentes.


Des familles virtuelles ?

Ces familles, ou tribus, ne seront pas forcément virtuelles. Elles seront physiquement proches de l’enfant, mais c’est effectivement le virtuel et ses progrès liés aux avancées technologiques qui aident à la construction d’une famille parallèle. Je me demande même si on ne pourrait pas arriver à des enfants qui pourraient vivre tous ensemble sur internet.

Aujourd’hui le phénomène de clan, de groupe, arrive vers 8-9 ans. Je pense qu’en 2030, cela arrivera plutôt vers 6-7 ans. C’est toute la notion « d’enfant » qui va changer : elle ne renverra plus forcément à une notion de non-autonomie, de dépendance aux parents, mais au contraire d’enfants qui construisent et vivent leur vie.
Pourtant on ne peut pas envisager l’enfant sans prendre en compte la place des parents. Comment voyez-vous leur propre évolution ?
Mes propos sont bien sûr surprenants, voire révoltants pour des parents. Il y a un véritable écart entre ce qu’ils voudraient que leur enfant soit et ce qu’il est vraiment.
Les parents (et beaux-parents dans le cadre de la famille recomposée) sont de plus en plus influencés par la culpabilisation dont ils font l’objet : ils cèdent donc très vite, car ils ne veulent pas contrarier leurs enfants.
Les pères ne sont plus référents qu’en apparence. La réalité observée – qui va à l’encontre de ce que projette la publicité ou les médias au travers de la tendance des « nouveaux pères », est que le père est souvent démissionnaire. 60% d’entre eux rentrent tard, et avouent ne pas avoir envie de s’occuper de leurs enfants à leur retour.
De fait, c’est la mère déjà débordée qui prend de plus en plus en charge les deux rôles, alors même que le mode de fonctionnement et les habitudes des entreprises ne leur permettent pas de voir leurs enfants plus que les hommes.

Votre diagnostic suppose que les parents ne réagiront pas à cette évolution ?
Je suis effaré par certains résultats d’étude qui démontrent souvent l’absence réelle des parents :
– la démission des pères
– les mères de plus en plus seules pour s’occuper de leurs enfants
– des familles recomposées de plus en plus nombreuses, dans lesquelles la mère est encore plus débordée et moins disponible

Les enfants ne peuvent qu’y voir un monde d’adultes terrible dans lequel ils n’ont pas envie d’entrer. Dès lors, ils réagissent en se protégeant, en créant leur clan et leur univers. L’enfant sait dès aujourd’hui qu’il ne prend aucun risque à s’opposer à ses parents, car il a conscience que ceux-ci ont besoin de lui pour se réaliser et projeter une image de famille idéale, dictée par la société.

Les parents de 2030 seront (…) des parents-copains, (…) des référents parmi d’autres. La tribu dans son ensemble sera le référent absolu, dictant une organisation, élisant un chef et des règles, auxquelles parents comme enfants devront se conformer.

Jean-Jacques Urvoy est consultant et expert du marketing.
Après plusieurs années passées en entreprise, il crée plusieurs agences de conseil et se spécialise dans l’accompagnement des marques, et particulièrement celles dédiées à l’enfant.
Enseignant dans plusieurs grandes écoles, auteur de plusieurs ouvrages (Eyrolles Ed.), il anime en mars une conférence prospective sur l’univers de l’enfant en 2030, organisée par l’ANVIE.

photo©olly – fotolia



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