Mauvais marketing et manipulation

Le 24 janvier 2012, par Jean-Jacques URVOY
A pawn and the won king
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Nombreux sont ceux qui ont listé et dénoncent les stratégies de manipulation des humains au travers des médias. Intéressant à l’heure de l’élection présidentielle, où l’on peut avoir parfois le sentiment que la campagne relève plus d’écrans de fumée, de causeries diversives, de fausses décisions que de solutions de fond. Noam Chomsky, intellectuel américain parmi les plus cités dans le monde, les a étudiées. Explications.

La diversion est pour Chomsky la première arme de la manipulation. Elle permet le détournement d’attention des citoyens de solutions potentiellement possibles (jadis voitures électriques, aujourd’hui machines à laver le linge sans eau), et des mutations en cours: en boucle, sur toutes les chaînes, on se voit distrait par des informations inutiles, répétées à l’infini dans le moindre détail. Il s’agit pour les citoyens de ne pas avoir accès aux fondements même de la connaissance: économie, géopolitique, enjeux de santé, science des climats, psychologie.

La création de problèmes qui n’existent pas est fréquente. Mais une fois le problème créé, on sait le résoudre, comme par miracle.  D’abord on amène « situation » prévue pour faire réagir le public, lequel va demander les mesures ou les lois y remédiant. A force de documentaires sur la police, on finit par demander plus de policiers.  A force de crise économique entretenue par les médias, l’obligation d’accepter n’importe quel travail hors de son champ de compétences semblerait acquise. A force d’émissions vendant des stars préfabriquées posées là pour la publicité, on finit par réduire puis supprimer des champs de savoir à l’école.

Jouer la longévité de la mesure est la façon de faire passer des mesures qui, en une seule fois, serait impopulaires. On arrive ainsi à la précarité que tous les candidats veulent supprimer, à une baisse de pouvoir d’achat en 10 ans dont on se réveille avec une langue de bois, en comparant les prix d’une baguette de pain avant 2000 et après.  La stratégie de longévité est également jouable en différé: reporter la mesure et, le jour où elle entre en vigueur, ne pas communiquer sur elle.

Prendre le public pour des imbéciles, utiliser une communication infantile ou idiote n’est franchement plus utile. On aimerait dire ici que les gens n’y sont plus sensibles. Mais non: ils regardent toujours plus TF1 car TF1 correspond au bouton n°1. En communication, plus on cherchera à duper les citoyens, plus le ton sera infantilisant: le consommateur réagit alors avec ses réflexes de 10 ans et oublie qu’il en a 45. L’émotionnel participe à cette manipulation (les femmes dans la publicité), qui fait oublier de la même façon le rationnel, le sens critique des individus. Une communication émotionnelle sème des peurs (de l’autre, du gendarme), des idées parfois fausses (il faut des antibiotiques), induit des pulsions (violence).

Tenir les citoyens dans l’ignorance tout en faisant croire qu’on joue la transparence est une méthode classique. On pourra cependant dire que c’est aux citoyens de lire ou de ne pas regarder les émissions débilitantes. Qui a vraiment lu le projet de Constitution européenne avant de voter oui ou non? Qui lit actuellement les programmes, qui existent pourtant bien pour chacun des candidats? Qui, au fond de lui-même, n’a aucun doute sur la dangerosité du nucléaire, sur la réalité des changements climatiques? Qui comprend vraiment à quoi servent ou comment sont utilisés les réseaux sociaux? Et si tel ou tel évènement a réellement existé ou s’il s’est déroulé de cette manière? Porte ouverte au révisionnisme, aux lobbies. L’accès à la connaissance des enjeux du monde est le lieu géographique de la fracture sociale et digitale. Il semble bien qu’en France, l’ascenseur social républicain ne fonctionne plus: on ne crée plus depuis 30 ans les conditions d’éducation pour les plus pauvres. L’ignorance les isole. Mais en attendant, on gouverne.

Pourquoi aussi encourager le public à la médiocrité: il me semble que le niveau des émissions divertissantes, a sérieusement baissé en 10 ans, que ce qui était hier vulgaire est aujourd’hui juste ordinaire.

La manipulation de masse fait aussi remplacer la pratique politique ou syndicale par la culpabilité. Chaque semaine, c’est le cas: on dit à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur né de son manque d’ intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre des décisions de l’ONU, d’adhérer à un parti politique ou un syndicat, au lieu de créer du lien avec d’autres par des biais associatifs,  d’être dans l’action, l’individu perd confiance en soi, se replie, déprime et, parfois, se supprime.

Demain, par la neurobiologie, la psychologie, on pourra connaître plus les individus qu’ils ne se connaissent eux-mêmes. Ils seront peut-être encore plus manipulables que celui-ci ne se connaît lui-même.

Créer des problèmes qui n’existent pas, pour des citoyens incultes tenus dans l’ignorance, leur masquer des réalités et imposer peu à peu de nouvelles lois, est-ce vraiment cela que nous vivons?

Cet article emprunte en partie au site à Sylvain Timsit:  « Dix Stratégies de Manipulation au travers les média », lequel reprend les stratégies de manipulation de Noam Chomsky.
Photo © Bortnikov – Fotolia.com
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