Marketing du rire : peut-on rire de tout ?

Le 23 janvier 2013, par Jean-Jacques URVOY
Tête de mort avec un nez rouge
4 Flares 4 Flares ×

Le rire dépend de notre personnalité, de chaque époque de l’histoire. On ne rit pas de la même façon aujourd’hui comme hier. On a chacun son caractère, et les cultures, les évènements, sont différents. Gilles Vervisch, écrivain et animateur radio, agrégé et professeur de philosophie, fait paraître ce mois-ci un ouvrage instructif: « Puis-je vraiment rire de tout ? ». On y rit parfois jaune.

Le marché du rire et de l’amusement

Le marketing du rire est très diversifié ! Les objets de rire, comme les déguisements ou les nez de clowns, sont en expansion : La Grande Récré a récemment racheté l’enseigne Rue de la Fête pour la développer. Les émissions de rire sont toujours là. Si l’on riait de bon cœur pendant les jeux radio de Pierre Bellemarre, sur Europe 1, on rit parfois jaune avec les jeux actuels, qui confinent parfois aux jeux du cirque (Le Maillon faible, humiliation border-line pour ces pauvres jeunes jetés en pâture dans un lieu confiné, etc.). Les films comiques, les one-man shows se vendent bien, comme si l’on voulait éviter la crise.

Le mélange de politique et de variétés est difficile à gérer. Stéphane Guillon, chez Thierry Ardisson, oblige les politiques à rester figés devant les caméras, lors de plans de coupe. On attend le dérapage et l’on en rit.

Comme une empreinte digitale, chacun a sa propre façon de rire. On rit pour un rien, sans raison. Ou au contraire, il en faut beaucoup pour nous faire rire.

Puis-je vraiment rire de tout ?

Il est de bon ton, à la radio, que les animateurs aient la voix rieuse, même quand ce n’est pas drôle du tout.

Mais peut-on rire de tout ? Pourquoi devrait-on trouver tout drôle ? Pourquoi, au nom de la liberté d’expression, faudrait-il rire de tout ? Les grandes déclarations sur cette liberté d’expression s’arrêtent quand l’homme politique voit sa marionnette aux Guignols. Là, cela ne l’intéresse plus du tout.

La limite du rire, c’est  d’abord le rire lui-même.  Sans même parler de loi, d’éthique, de religion. La première question, c’est : est-ce que ça fait rire ? Il est toujours curieux de dire : « Je vais vous raconter une histoire drôle. » Seuls les rires qui en décident. Le film Les Visiteurs était testés par des panels pendant le tournage pour savoir si cela faisait rire.

Le rire, définition

Le rire est une réaction spontanée ou « mécanique », précise Gilles Vervisch dans son dernier ouvrage : « Puis-je vraiment rire de tout ».  Beaucoup ont essayé d’étudier le mécanisme du rire : « du mécanique plaqué sur du vivant » pour Bergson, « une économie » pour Freud – peu importe, pour le moment, que l’on comprenne ce que ça signifie.

Descartes ou Kant montrent que le rire se déclenche par une situation inattendue, absurde : le sarrazin dans Les Visiteurs, le pull troué dans Le Père Noël est une Ordure, ou Slava.  Mais Il y a tellement de techniques différentes qu’on aurait même du mal à en faire la liste : le burlesque, le comique de situation, l’humour noir, l’ironie, les chatouilles, le rire nerveux…

Rire et humour

On parle de l’ « humour juif » ou de l’ « humour anglais ». On se raconte une blague entre amis, et seuls les initiés peuvet comprendre le « private joke ».  Les jeux de mots assez lourds  (« Tu fais comme dans l’infanterie, tu te tires ailleurs » ), ne font de mal à personne. Desproges se permettait de rire des camps de la mort en 1986. À l’époque, Michel Leeb  imitait les Noirs. La société française était en train de muter et se moquait d’elle-même. Aujourd’hui, la personne irait directement au tribunal.

Ce qui faisait rire hier ne fait plus rire aujourd’hui. On ne peut donc pas, ou plus,  rire de tout.

Puis-je vraiment rire de tout ? Par Gilles Vervisch. Editions de l’Opportun. Gilles Vervisch est agrégé de philosophie et enseigne au lycée Paul-Empile-Victor à Osny. Il est par ailleurs écrivain et animateur radio.

4 Flares Twitter 0 Facebook 0 Google+ 4 4 Flares ×

Laisser une réponse