Le charme discret d’Ivan Levaï

Le 06 août 2011, par Jean-Jacques URVOY
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Etudiant, j’allais dans des studios de radio écouter des animateurs, grâce (allez savoir pourquoi) à André Halimi. Je regardais très tard le soir Gonzague Saint-Bris ouvrir son courrier en écoutant ses auditeurs de « La Ligne ouverte », et très tôt le matin Ivan Levaï interviewer les gens qui comptent. Je croise parfois Ivan Levaï dans ma ville, à la … Maison de la Presse! Je n’ai pas assisté à ses revues de presse, et c’est dommage. Il incarne à lui seul, dans toute la profession, cet exercice matinal. Et au-delà, une certaine conscience de l’homme et du journalisme. Hommage modeste.

Même s’il a dirigé Europe 1, France Inter, LCP, rien à faire: Ivan Levaï est le spécialiste de la revue de presse. On l’imagine se lever tôt, entourer en rouge des titres, faire tomber des gouttes de café sur le papier journal. Pas facile, la vie d’Ivan Levaï. Né en 1937, en Hongrie, il est abandonné par son père dès sa naissance. Sa mère, juive, décide alors de vivre à Paris pour éviter les massacres et le fait baptiser pour le sauver. Elle meurt peu après et Ivan Levaï, orphelin à 4 ans, est recueilli par une infirmière… protestante. Puis il vit dans une famille en Vendée. Eglise le dimanche. On parle de résiliance. Ivan Levaï illustre bien le concept.

 

Il a vu ses copains d’école juifs quitter la France de force. Lui s’est sorti de tout. Il a été instituteur, a rencontré José Artur qui le fait devenir animateur radio, expert des questions sur l’école et la jeunesse. Comme il le déclare à Yves Harté dans La Revue des Médias : « Aujourd’hui, je sais que rien n’est grave, hormis la perte et la maladie d’un être cher. Voir certains de mes concitoyens se morfondre dans leurs petites peines me consterne. Je suis irrésistiblement attiré par les gens qui ont le sens du bonheur, par ceux qui diffusent de la joie. ». Puis, journaliste à L’Express, il rencontre Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud qui lui apprennent la presse écrite.

Encore aujourd’hui, on écoute ses revues de presse sur France-Culture. Pourquoi pas sur France-Inter ? Je n’en sais rien. L’usure ? L’usure de la station, oui ! Récemment, il terminait une revue de presse par la citation de Cocteau: «Jeunes hommes avides, croyez-moi. Il n’existe que deux manières de gagner la partie : jouer cœur ou tricher. Tricher est difficile; un tricheur pris est battu. Jouer cœur est simple. Il faut en avoir, voilà tout. Vous vous croyez sans cœur. Vous regardez mal vos cartes». (Extrait d’une lettre de Jean Cocteau).

Lui n’a pas triché et a joué cœur.

 

Photo © La Revue des Médias

 

 

 

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