Françoise Dolto et l’enfant : les grands principes

Le 21 septembre 2012, par Jean-Jacques URVOY
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Carl-Eric Renno est psychoclinicien, diplômé en psychologie clinique et en psychopathologie. Il travaille en milieu hospitalier et en cabinet. Il a contribué à mon ouvrage sur la gestion des marques enfants, notamment en pointant l’apport de Françoise Dolto et des autres « psys ». Grâce à son expérience clinique et à ses recherches psychanalytiques, Françoise Dolto a en effet su avancer dans la compréhension de l’individu, et particulièrement celle des enfants.

Au-delà de conceptions qui voulaient que l’enfant devienne sujet à part entière après une longue période de latence, cette opération se situe pour elle bien plus précocement.  Françoise Dolto ouvre là un nouveau champ de compréhension du rapport de l’enfant à l’adulte, en particulier des parents et de l’entourage proche, en mettant l’accent sur la capacité des enfants à comprendre et à donner sens aux messages qui leurs sont adressés, à les assimiler et à les retranscrire.

L’enfant dispose  donc d’un langage, d’une pensée indépendante et devient dès ce moment sujet à part entière. Son travail clinique a permis à Françoise Dolto de voir en l’enfant un être par essence communiquant et donnant lui-même, à sa façon, à voir de sa propre pensée , par le corps, par les mots, par le dessin, par un élément médiateur. C’est là l’idée qu’il y a bien un rapport de sujet à sujet qui s’établit archaïquement par le produit de relations et d’interactions entre personnes pensantes.

Le monde des enfants n’est pas si différent de celui des adultes,  puisque, comme les adultes, les enfants auraient très tôt la faculté  de déchiffrer les signes et d’interpréter un langage même inconscient. Si différence il y a, elle résiderait dans le fait que son rythme est différent de celui des adultes, plus vif. En cela, l’apport de Françoise Dolto est important puisqu’elle met en avant la capacité de l’enfant de s’imprégner et de transformer les messages qui lui sont destinés, participant ainsi à la formation d’une pensée de soi.  L’importance du rapport aux protagonistes de ce qui constituera l’ environnement est en cela capitale pour l’enfant comme pour l’adulte. Elle détermine une capacité à penser par soi-même, la possibilité d’écrire sa propre histoire, son autobiographie selon un ressenti personnel, un vécu, sa propre interprétation.  En ce sens on peut dire que les différences entre adultes et enfants sont relatives.

Les jeux video

 

Concernant les marques ou jeux vidéo, Carl-Eric Renno relativise leur influence. Comme le dit Françoise Dolto, parole et langage priment, en particulier ceux des parents. Que dit-on d’une marque ? D’un jeu ? Quel rapport entretiennent les parents et autres membres proches avec la ou les marques ? Ont-elles par exemple vocation à être utilisées comme le moyen manifeste de mettre en avant une appartenance à un groupe, de créer une association avec par exemple un milieu social, un style musical ou sont-elles comme pour certains un simple besoin ? Acheter une chemise à un prix très élevé sert-il à montrer quelque chose de soi, ou est-ce simplement parce que le tissu est de meilleure qualité ? La question du rapport de l’enfant à la marque, au jeu est également capital. On connaît cette tendance en chacun de nous à vouloir par moment s’identifier à quelque chose, à quelqu’un. Ces envies sont parfois prises avec distance, parfois pas. Mais le plus souvent, nous sommes tous conscients de ce qu’elle ne nous représentent pas en totalité. De nouveau l’important n’est pas nécessairement ce que l’on fait plutôt que ce que l’on en dit et de ce pourquoi on le fait. Les jeux vidéo permettent eux aussi à l’enfant (ou à l’adulte) de s’identifier à un joueur de foot, à un musicien, à un gangster et encore à bien d’autres choses. Celui qui joue au gangster ne finira pas nécessairement voyou et si c’est le cas le jeu n’en est pour moi en rien responsable. Même enfant, on sait bien que se battre à chaque instant ou que tuer à tour de bras des inconnus n’est en soit pas un but à atteindre.

Il s’agit, ici encore, de l’importance des messages qui sont adressés à l’enfant et à la lecture qu’il fait de ceux-ci. On peut en plus espérer que personne n’aurait l’idée d’acheter à un enfant de quatre, six, ou huit ans un jeu de ce genre, que l’on ait en sorte affaire à des consommateurs responsables, ce qui n’est pas forcément toujours simple face aux arsenaux déployés certaines fois.

L’enfant est une personne : l’apport de Françoise Dolto

 Très jeune, Dolto avait promis : « Quand je serai grande, je tâcherai de me souvenir de comment c’est quand on est petit. » La psychanalyste Françoise Dolto a su, par son travail, considérer puis faire considérer l’enfant comme une personne. Le public la connaît bien, les spécialistes des enfants s’en inspirent. La loi de 1993 sur l’autorité parentale conjointe et les droits de l’enfant en cas de divorce est influencée par ses travaux.

Plusieurs principes majeurs :

L’enfant n’est pas la propriété des parents. On n’a pas d’enfant pour soi-même, mais pour l’enfant à paraître lui-même.

L’enfant a toujours l’intuition de son histoire. Si la vérité lui est dite, cette vérité le construit.

L’enfant est une personne. Les désirs d’un nouveau-né sont aussi respectables que ceux d’un adulte. L’enfant est doté d’un savoir le guidant sur un chemin : peu importe le chemin, ce que fait l’enfant, ce qu’il est, dès lors qu’il y trouve un équilibre, qu’il est heureux, sans nuire à autrui.

L’enfant ne peut s’épanouir dans la seule satisfaction de ses parents. Tout est langage chez l’enfant : parler, s’exprimer, permet de marquer sa différence vis-à-vis d’un autre (avant tout sa mère), pour mieux partager avec lui des émotions, des souvenirs, des idées.

L’enfant doit connaître toujours la vérité. Il faut parler « avec » l’enfant et pas seulement « à » l’enfant. Surtout, lui « parler vrai ». Par exemple, en réunions de groupes qualitatives, la présence d’une caméra n’est pas gênante. Il suffit de dire que les enfants sont filmés : pourquoi leur cacher ?

Le complexe du homard. Ce qui apparaît à l’adolescence est le produit de ce qui a été semé chez l’enfant. La « crise d’adolescence » est une preuve que les parents ont rempli leur contrat, les repères éducatifs s’avérant suffisamment souples pour « sauter » au bon moment. A l’inverse, si les parents sont trop rigides, le grand enfant aura du mal à devenir adolescent, prisonnier de sa carapace, tel le homard, et désarmé face à la dépression.

L’image inconsciente du corps. Dolto considère les dessins d’enfants comme la représentation de leur propre corps. Ces dessins sont mystérieux, imaginaires, inconscients. Ils figurent leurs désirs, leurs manques, leurs rapports avec les autres. Ils traduisent la liberté intérieure de l’enfant.

 

Dont acte !

 

Photo©AFP Dolto et Lacan

 

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