Au pays des blogueurs perdus

Le 21 août 2012, par Jean-Jacques URVOY
blogueur-influent
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On entend dire parfois, au sujet d’articles de fond trop documentés : « ça ne sert à rien, c’est pas ça qui fait l’audience, il faut rédiger plus vite, faire plus court ».  D’abord, je fais ce que je veux sur mon blog.

L’influence se mesure, certes, au travers d’un classement des blogs par ebuzzing ou du nombre de visites par Google Analytics. Mais à force de copiage, de manque d’idées, de blogs déconnants, idiots, de blogs commerciaux pour vous piquer vos données, de rédaction courte (de vue et en signes), d’images, de vidéos qui encouragent dit-on la lecture, on finit par ne plus avoir d’influence du tout et de lasser. Voyage au pays des blogueurs perdus.

Que signifie en effet un nombre de visiteurs uniques important si chacun reste moins d’une seconde sur une page, n’a rien n’appris, ne s’est même pas amusé ? Si chacun reste sur une page par une ruse de mots-clés idiote ? A quoi ça sert, finalement, de lire un blog sans contenu réel, sans idées, à moins qu’il ne soit amusant ? A quoi sert d’écrire pour écrire, juste pour ses copains? Et si les blogueurs n’amenaient plus d’idées ?

En revanche, pour certains blogs, la forme et le fond sont au rendez-vous. Le blog de Romain Pigenel, Variae, annonce la couleur en faisant référence, dès le tout premier article en 2008, au dictionnaire latin-français, le Gaffiot : « Variae. De l’adjectif latin varius : “varié, nuancé, tacheté, bigarré, moucheté (…) divers (…) abondant, fécond en idées (…) mobile, inconstant, changeant”. Variae est classé parmi les premiers blogs. D’une part, ses liens entrants lui permettent de bonnes visites, et d’autre part, les articles sont documentés, rédigés. Comme quoi, on peut être influent, bien écrire, et produire des articles de qualité.

Des blogs parfois sans contenu

A l’inverse, il existe des blogs sans contenu. Ou si peu. Du vide. L’argument est : »Y’en n’a pas besoin, j’ai suffisamment de backlinks ». En guise de lecteurs, il s’agit plutôt d’internautes égarés qui se retrouvent sur un blog par hasard.

Une petite compétition existent parfois : course au classement (ne pas le perdre, t’es classé combien ?), au nombre d’articles, au nombre d’amis sur Facebook, au nombre d’abonnés sur Twitter, etc.

Mais il y a pire que parler pour ne rien dire. Il y a le titre aguicheur. Plus Marianne que Courrier International. Il y a aussi l’article qui encourage une sous-culture artistique, ou un truc très au-dessous de la ceinture. Relou, parfois sexiste, raciste, homophobe. Les réflexes n’ont pas changé par rapport à la réclame des années 60. Tenez. Vous parlez de Marylin Monroe, de sa vie, des hypothèses de sa mort. Ça n’intéresse personne. Vous référencez les mots-clés « Marylin Monroe nue », et soudain vous avez de l’influence ! Ah là là ! Et si le rôle des blogueurs était de contribuer à ne pas reproduire la réclame des année 60, mais au contraire de faire avancer les idées ?

Des conseils se donnent entre les blogueurs, formant une sorte de confrérie secrète. Si vous faites un article, un blogueur de la confrérie va vous dire (certains avec le sens de l’équivoque) : « il est trop long ». Un autre (l’ami du premier) : « il est trop court ». L’un va dire « Il faut publier à 4 heures du matin, car c’est à cette heure que tu as le plus d’audience » (au vu de Google Analytics), comme si vous étiez levés à cette heure pour lire cet article.

Le blogueur vit aussi un paradoxe. Celui qui a une vie sociale développée, dans laquelle il exerce une influence véritable, n’a alors plus le temps d’écrire des articles, de solliciter des backlinks. Il vit donc aussi la nuit pour assurer ses articles, et tout le jour il entretient son réseau via Twitter ou Facebook. Il est donc fatigué, et l’on se demande quand il travaille, peut aimer quelqu’un et s’il ne passe pas à côté de belles choses et d’autres.

Mais les Yann Savidan, Jegoun, Gildan ne se reconnaîtront pas dans cet article. Des blogueurs, des vrais !

Vignette empruntée au très intéressant blog de Vu des Collines, article du 31 juillet 2012

Visitez aussi le blog du digital de La simple agence

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2 commentaires

  1. Nicolas dit :

    Vaudrait mieux éviter.

  2. [...] blogueurs et assimilés en ont vite déduit qu’ils étaient de fait transformés, sous couvert de [...]

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