Nous sommes tous des héros

Le 06 mai 2012, par Jean-Jacques URVOY
Nous sommes tous des héros
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Les marques, les hommes en entreprise, et nous dans la vie de tous les jours sommes tous des héros, mot assez pratique auquel on se raccroche quand les repères s’effacent. Mais qu’est-ce qu’un héros ?

Je passe vite sur l’origine du mot, qui vient du latin et du grec « heros » (c’est le même mot) qui signifie « demi-dieu de la mythologie ». On voit donc qu’à l’origine, il désigne un personnage surnaturel, intermédiaire entre les dieux et les hommes. Dès le XVIème siècle, en France, apparaît le sens de « homme supérieur, qui se distingue par ses exploits ». Au XVIIème siècle le mot apparaît au sens de « personnage principal pour une œuvre littéraire », et de « personnage qui vit des aventures extraordinaires ».

Mes héros ou héroïnes d’enfant ou de jeune adulte avaient des destins remarquables. Souvent partis de rien ou partis de tout, décédés ou vivants, ils accomplissaient un parcours qui les élevaient ou élevaient les autres. Mes héros m’ont construit, même si certains m’ont trompé. Ils s’appelaient  pêle-mêle le Capitaine Troy, Voltaire, Rahan, Jaurès, Platini, Bonaparte, Che Guevara, Jim Phelps dans Mission impossible, Mitterrand, Mick Jagger, Tintin, l’aviateur Tanguy, Françoise Giroud — allez savoir pourquoi —, Albert Schweitzer, Mata-Hari, James Bond,… et Napoléon même, avant que Malraux déclare : « Qu’aurait été Napoléon si les camps de concentration avaient alors existé ? ».

C’est plus quand on est jeune qu’on admire un héros, parce qu’on s’arrête souvent, naïvement, à l’image. Adulte, aduler une personne devient factieux, un début, parfois, d’aliénation. On régresse parfois à admirer des héros lorsqu’on est adulte, on progresse souvent lorsqu’on est enfant.

Alors, qu’est-ce qui fait un « héros » ?

Tous les héros ont une quête noble. Les quêtes mauvaises (posséder le monde, anéantir les villes) sont assumées par les anti-héros, les amis du mal, comme Olrik, dans Blake&Mortimer … La quête des héros peut être un trésor, la justice sociale, la vérité, un coupable, un ennemi. Les héros sont de condition initiale souvent modeste et sont poussés à quitter leur milieu pour aller accomplir un exploit. Tous vont utiliser leur pouvoir, naturel ou surnaturel, leur talent, leur force pour triompher d’un ennemi, d’un compétiteur, ou d’un adversaire politique. Le héros, lors de cette quête, voyage. Le voyage, le cheminement, parfait sa connaissance et permet la découverte : James Bond vit entre Bali et Rio, Mick Jagger entre les Philippines et Tours, Platini , parti de  Saint-Etienne, devient le patron du football européen.Le héros est géographiquement universel. S’il ne voyage pas lui-même, ce sont ses idées qui deviennent universelles, comme celles des philosophes des Lumières. Le héros philosophique ne peut d’ailleurs voyager, cheminer qu’en lui-même, il se maîtrise par l’esprit, par la connaissance de lui-même. Il est sage, parfois « jedi ». C’est le voyage intérieur du héros.

A la notion de héros est liée celle d’exploit individuel, mais dans l’intérêt de tous. Il est prêt  parfois au sacrifice de lui-même. Les Dieux ou le peuple sont souvent avec lui et l’aident à accomplir son exploit. Une fois l’ennemi anéanti, le héros revient souvent à ses origines (son village, sa tribu, sa ville, sa famille politique, sa planète,…) où il est reconnu et acclamé, il est reconnu par le groupe. C’est le retour du héros, la reconnaissance par le groupe: on a tous en tête les bleus sur les Champs-Elysées, les astronautes sous les confettis de la 5ème avenue, Tintin à la gare du Midi, à Bruxelles. Le héros se déjoue souvent des pièges ou des mauvaises passes. Il meurt et renaît. C’est un homme d’initiation, il accomplit sa mission par étapes successives. Le compteur se bloque à 007, 7 secondes avant la fin de l’apocalypse, et James Bond repart vers une autre étape de la quête. Les 7 boules de cristal servent de chemin à l’aventure de Tintin.

Les héros sont conscients de leur pouvoir. Ils l’aiment, même, mais ils en font bon usage. Un vrai héros n’aliène personne. Don Quichotte, avant d’aller courir le monde pour faire le chevalier, manipule Sancho Pança. Des hommes politiques, des hommes d’entreprise, manipulent leur entourage, et les médias par des projets, des pactes, des revirements, par soif de pouvoir et de célébrité. Le vrai héros, lui, ne fait peur à personne.

Le mythe du héros

Joseph Campbell (décédé en 1987) américain spécialiste de la mythologie, a écrit beaucoup sur le mythe du héros, dont : « The herœs with a thousand faces ». George  Lucas s’en est inspiré pour La Guerre des Etoiles. De la Guerre des Etoiles, il dit : « J’ai d’abord essayé d’adapter certains grands principes de la mythologie à mon histoire. Comme cela ne fonctionnait pas, j’ai (…) écrit une autre histoire. J’ai découvert, (…) que tous les principes que j’appliquais étaient tous présents. Je les avais tous utilisés inconsciemment, tellement j’étais immergé dans ces principes (…) »

Campbell nous adresse un message : « Et qui plus est, nous n’avons pas à risquer seul l’aventure, car les héros de tous les temps l’ont vécue avant nous. Le labyrinthe est même parfaitement connu. Nous n’avons donc qu’à suivre le sentier du héros et là où nous avons cru trouver l’horreur, nous allons trouver un dieu. Là où nous avons cru tuer l’ennemi à l’extérieur de nous, nous allons tuer l’ennemi qui est en nous. Là où nous avons cru aller vers le monde, nous allons au contraire parvenir au centre de notre propre vie. Et là où nous avons cru être seul, nous serons avec le monde entier… » Du point de vue de la structure, tous les mythes racontent la même histoire. Il s’agit toujours, en somme, du périple du héros dans le temps de sa vie qui se déroule en trois étapes:

1) le départ

2) l’initiation (l’épreuve, la confrontation avec la mort)

3) le retour

Carl Jung s’intéressait beaucoup à la mythologie. Il a eu une grande influence sur Campbell. Il fixe trois étapes dans le mythe du héros : l’une ascendante et l’autre descendante, qui sont « comme les deux flancs d’une montagne », avec, entre les deux, au sommet de la montagne, la transition du milieu de la vie. Soit :

Le départ. De la naissance à vers 40 ans, c’est la phase de la jeunesse. Dans cett première moitié de vie, on doit réaliser l’adaptation au monde extérieur, se faire reconnaître socialement, former un couple, avoir des enfants, élargir son champ d’expérience. L’objet de cette phase est de réussir dans la vie.

L’initiation. Entre 35 et 45 ans se situe la transition du milieu de la vie, qui est souvent vécue comme une crise au sens du grec krisis qui veut dire choix : c’est dans ce sens qu’on doit l’entendre.

Le retour. Depuis le milieu de la vie, jusqu’à la phase de la maturité. Dans la seconde moitié de la vie, ça peut être le déclin, mais aussi l’approfondissement, afin de découvrir son monde intérieur.

Le héros dans la bande dessinée.

Steven Spielberg, comparse de George Lucas en matière de grands héros holywwodien,, qui a racheté l’ensemble des droits d’adaptation d’Hergé au cinéma, l’a compris depuis longtemps : le héros holywoodien n’est plus forcément musclé et biscoto. Il est naïf : c’est le cas d’Indiana Jones, alias Tintin, qui, concentré dans sa discipline à l’Université, quitte son entourage pour vivre des aventuresLes héros naïfs tendent à remplacer les héros machos d’hier. C’est un constat. Comme le dit l’hebdomadaire Marianne dans un récent numéro de mai, « l’innocence est une autre facette de l’héroïsme ». La bande dessinée, la première, l’a compris. Le héros, dans cette bande dessinée, apparaît aux Etats-Unis, avant le cinéma. Puis il conquiert le monde entier. Dans les années 20 naissent aux USA Tarzan, Flash Gordon, Batman, Mickey, Superman, lequel bat récemment le record d’entrées au cinéma  avec Superman 3. En France : Les Pieds Nickelés, Zig et Puce et surtout  Tintin.

En Europe, dès 1945, la bande dessinée prend son essor grâce aux magazines comme Tintin, Spirou, Vaillant… en Belgique et en France. On constate l’explosion de séries : Buck Danny, Lucky Luke, Blake et Mortimer, Alix. Puis elle se tourne vers un public plus adulte. En Europe, mon vieux journal Pilote  impose ce nouveau style avec des séries  mythiques comme Astérix et des auteurs tels que Goscinny, Charlier, Giraud, Greg, Brétecher, Mandryka, Gotlib… Plus tard, des séries peut-être moins faciles d’accès font leur apparition avec Bilal, Mœbius, Christin, Bourgeon, Juilliard, Boucq, Tardi, Pratt, … dans: Hara-Kiri, Métal Hurlant, Fluide Glacial, Charlie Mensuel, mais également (A suivre), Circus, Vécu…

Mais qui sont les vrais héros dans la vie ?

A tous ceux là qui, au fond d’eux-mêmes, œuvrent pour eux-mêmes et leur reconnaissance et non pas pour la collectivité, je préfère les héros de papier, comme Tintin, Corto Maltese, Astérix ou Isabelle des Passagers du Vent. Comme Roland, héros épique, comme Rodrigue, héros tragique, comme Julien Sorel, héros romantique, en proie au doute et à la souffrance. Je préfère surtout les héros de la vie, les héros du quotidien qu’on ne connaît pas et qui, pourtant, dans l’indifférence, loin des honneurs, des médailles et des postes, honorent l’humanité. Je préfère ces inconnus ou un peu connus comme  le Professeur Saillant, ce philosophe qu’est Robert Misrahi et qui m’a donné de vraies leçons de bonheur. Je préfère ce résistant oublié rencontré récemment,  ces hommes des camps, ces mères de famille du Nord. Pirandello, dans « La volupté de l’Honneur », disait : « Il est plus facile d’être héros qu’honnête homme. Héros, nous pouvons l’être une fois par hasard. Honnête homme, il faut l’être toujours »

Les mythes font référence à des valeurs éternelles. À l’heure actuelle, nous sommes trop engagés dans l’action en fonction de valeurs matérielles, extérieures à notre nature profonde . Nous vivons dans l’inconscience de nous-mêmes, au point de perdre de vue notre dimension intérieure et, comme le dit Campbell, « l’émerveillement associé à la conscience d’être vivant. » Les mythes décrivent le cheminement du héros à travers des aventures, comme autant d’étapes, de stades de sa transformation. Ils décrivent les épreuves qu’il doit traverser, comme autant de rites initiatiques qui lui permettent de passer d’un stade à l’autre, chaque stade représentant une étape vers sa quête de vérité.

Il nous faut trouver la dimension sacrée du temps et de faire de notre évolution une véritable exploration philosophique et spirituelle :  « Un héros s’aventure hors du monde de la vie habituelle et pénètre dans un lieu de merveilles surnaturelles; il y affronte des forces fabuleuses et remporte une victoire décisive; puis le héros revient de cette aventure mystérieuse, doté du pouvoir de dispenser les bienfaits à l’homme. »

Voilà le vrai héros.

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2 commentaires

  1. Numa dit :

    Passionnant !

  2. [...] pourtant, sans accoucher de ses talents il est difficile d’entreprendre son propre voyage de Héros et participer à l’harmonie du monde en y laissant sa signature.Justement, une conférence est [...]

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