Le Père Noël et le Mythe

Le 02 décembre 2010, par Jean-Jacques URVOY
Père Noël
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Si le Père Noël plaît tant aux enfants, les raisons qui ont poussé les adultes à l’inventer sont plus obscures. Suite à l’éditorial d’ URVOY CONSEIL de décembre 2010, nous prolongeons ici l’histoire du Père Noël par ce livre de Claude-Levi Strauss: « Le Père Noël supplicié ». L’école laïque française, contre l’Eglise, fait état du « Père Noël » très tôt auprès des enfants. Pour Levi-Strauss, mort fin 2009, le Père Noël est devenu une figure représentative des mythes, des rites et des cultes.

Selon lui, il n’y a pas que les enfants qui s’intéressent au Père Noël. Dans ce livre, issu d’un texte paru en 1952 dans la revue les Temps Modernes, il s’interroge sur cette figure à partir d’un fait divers à Dijon en 1951: la pendaison et la mise en bûcher d’un mannequin du Père Noël sur le parvis de la cathédrale, devant tous les enfants des patronages. Ce faux supplice, organisé par le clergé de la ville,  voulait signifier que Noël devait rester avant tout religieux. Comme dans un film de Don Camillo et Peppone, ce fait divers divisa la ville en deux : la mairie organisa, dès le lendemain, la résurrection du Père Noël assassiné, et la presse condamna le clergé.

Commentant cet événement, le reliant à la célébration laïque de Noël , l’ethnologue explique les raisons qui ont poussé les adultes à inventer le Père Noël. Il remonte à la source du culte (des saturnales romaines à la fête de Saint-Nicolas en passant par le père Fouettard ) et à ses fortunes diverses à travers les âges. Il compare le phénomène avec certains rites amérindiens et note qu’on assiste, par brassage de plusieurs traditions, à «un déplacement mythique» dont la caractéristique n’est pas seulement «une mystification infligée plaisamment par les adultes aux enfants» mais aussi «le résultat d’une transaction fort généreuse entre les deux générations», et plus profondément encore, entre morts et vivants.

«Interrogeons-nous, conclut Claude Lévi-Strauss, sur le soin tendre que nous prenons du Père Noël; sur les précautions et les sacrifices que nous consentons pour maintenir son prestige intact auprès des enfants. N’est-ce pas qu’au fond de nous veille toujours le désir de croire, aussi peu que ce soit, en une générosité sans contrôle, une gentillesse sans arrière-pensée? (…) La croyance où nous gardons nos enfants que leurs jouets viennent de l’au-delà apporte un alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, à les offrir à l’au-delà sous prétexte de les donner aux enfants. Par ce moyen, les cadeaux de Noël restent un sacrifice véritable à la douceur de vivre, laquelle consiste d’abord à ne pas mourir.»

Les évènements de Dijon ont quarante ans. Aux Etats-Unis, sous la forme de manifestations plus ou moins violentes, des groupuscules intégristes chrétiens contre un Noël trop païen prouve l’actualité de la réflexion de Claude Lévi-Strauss. «Ce n’est pas tous les jours, constate celui-ci, que l’ethnologue trouve ainsi l’occasion d’observer, dans sa propre société, la croissance subite d’un rite, et même d’un culte.»

Le Père Noël crucifié, Sables Ed., 1996.

Crédit photo: @André Kiselev, Fotolia.com



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2 commentaires

  1. Jean-Jacques URVOY dit :

    Jean-Watin augouard, Rédacteur en Chef de la Revue des Marques, auteur de « Histoires des Marques », nous rappelle ce dimanche matin que c’est en 1931 que Coca-Cola s’approprie un personnage célèbre, Santa Claus ou Saint Nicolas, évêque de Myre au III ème siècle après JC, thaumaturge, protecteur des enfants et des personnes sans défense (1). Devenu Père Noël en 1821 sous la plume d’un pasteur américain, Clement Clarke Moore et doté d’un costume rouge taillé dans la bannière étoilée en 1860 par l’illustrateur Thomas Nast, le créateur de la figure de l’oncle Sam, le Père Noël devient l’icône de la marque, habillé de vêtements rouges doublés de fourrure blanche par Haddon Sundblom, chargé de la publicité de Coca-Cola. Le rouge et le blanc seront désormais les couleurs emblématiques de la marque.

    (1) Au Moyen Age, la fête de Saint Nicolas, marquée par la distribution de cadeaux, avait lieu le 6 décembre. Elle fut ensuite rapprochée de la date de Noël par l’Eglise catholique.

  2. [...] spécialistes de la communication approfondiront pourquoi le Père Noël est rouge. Mais vous pouvez aussi connaître la [...]

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