Arthur Rimbaud, précurseur de la psychanalyse ?

Par un raccourci facile, mais qui mérite qu’on s’y arrête, Arthur Rimbaud pourrait apparaître comme un précurseur de la psychanalyse. Le fameux « Je est un autre » a été plus tard théorisé par Freud puis Lacan. Il est extrait d’une lettre qu’Arthur Rimbaud adresse à Georges Izambard, 13 mai 1871 :

« (…) Vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense. — Pardon du jeu de mots. — Je est un autre. »

Dès 1871 apparaissent ici dans la même lettre le fait que la psychanalyse à venir ne s’explique pas, qu’il s’agit d’aller vers l’inconnu, de « dérègler ses sens » c’est-à-dire ne pas aller toujours dans le sens convenu par les autres mais de regarder dans toutes les directions qui s’offre à soi.

Il apparaît aussi que la psychanalyse peut faire souffrir, qu’il faut donc être fort, que l’on retrouve qui on est : poète, alors que notre famille nous destinait à autre chose, et enfin le jeu de mots sur « penser/panser » : je pense par moi-même mais on veut penser pour moi, et l’on veut me panser mais je ne demande rien.

La complexité des êtres

En 1963, Henri Guillemin s’interroge sur la multiplicité de Rimbaud

Y’a-t-il deux Arthur Rimbaud ? Celui qui écrit une Saison en enfer à dix-neuf ans ; et celui qui commerce en Abyssinie, ne voulant ou ne pouvant plus écrire quoi que ce soit ?

Henri Guillemin, spécialiste de l’histoire littéraire du XIXè siècle, répondait assurément par la négative sur France Culture. En 1963, pour trois émissions diffusées, c’est en s’appuyant sur les textes qu’il entendait prouver en quoi Rimbaud était un, et un seul. Mais l’on sait depuis la complexité des êtres : on peut tout avoir écrit et être un pauvre voyageur.

Soit Rimbaud avait fait le tour de son être pour s’abandonner dans les voyages comme pour mourir, soit son être l’orientait vers les voyages, et la poésie ne servait que les aspirations familiales, de sa mère en particulier, et le cadre sociétal dans lequel il évoluait.

Crédits photo : Henri Fantin-Latour – AF

Emission France Culture : Production : Benjamin Romieux – Entretiens avec Henri Guillemin – 1ère diffusion : 08 et 09/07/1963 Chaîne National – Archives Ina-Radio France

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