Tim Burton est Barnabas dans Dark Shadows

Le 18 mai 2012, par Jean-Jacques URVOY
dark shadows
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Le marketing du cinéma a beau faire, il y a des films dont on sort perplexe: comment, par exemple, Tim Burton a-t-il pu, a priori, mettre tant d’énergie dans un film convenu: Dark Shadows? Au milieu du 18ème siècle, la famille Collins part de Liverpool pour se fixer en Amérique. Le fils s’appelle Barnabas.  Vingt ans plus tard, après avoir fondé la ville de Collinsport, dans le Maine, Barnabas règne en maître. Mais il repousse l’amour sincère d’Angélique-la-sorcière. Elle le transforme alors en vampire et l’enterre vivant. Deux siècles plus tard, un ouvrier en bâtiment découvre et ouvre le cercueil. Barnabas, intact, retrouve sa ville dans les années 1970. Ambiance classique sang et pop. Qu’en reste-t-il?

Les critiques sont partagées, plutôt mauvaises. Disons que pour un assidu au Festival du film fantastique du Grand Rex, disparu bêtement il y a quelques années, c’est un film de vampires de plus. A ceci près, c’est que les maquillages, les costumes, les décors sont exceptionnels. Le scénario est bien construit, même s’il a des allures de feuilleton à certaines périodes. Pas de peur, pas d’émotion.  Où, alors, se niche la différence Burton?

Le film séduit plus les moins de trente ans, qui ne connaissent pas les films de vampires, très en vogue à la fin du 20ème siècle. Il y a eu « Dracula », en 1992, de Coppola, reprenant l’histoire originale de Bram Stocker. Mais franchement, pas de quoi détrôner Christopher Lee. Toutefois, si l’on y regarde de plus près, on essaie de percevoir du sens, des symboles, comme dans les albums d’Hergé. Une double lecture s’impose-t-elle?

Essayons: Barnabas, au début du film, tue accidentellement ses parents. Alors qu’il regarde la statuette d’un hippocampe, celle-ci lui échappe des mains, passe par la fenêtre, et tombe sur les parents de Barnabas, qui marchent en contrebas, dans la rue. L’hippocampe, un animal de choix dans l’univers de Tim Burton: asexué et étrange. Est-ce un poisson, un insecte, un cheval? Animal fantastique venu des profondeurs mystérieuses, sa queue lui sert à attraper des choses, comme celle d’un singe, ses yeux peuvent s’orienter dans toutes les directions, comme ceux du caméléon, son abdomen ressemble à la poche de la femelle du kangourou. Animal inquiétant, qui réunit toutes les composantes du monde et ce monde-là va tuer les parents de Tim Burton. Il ne s’agit pas d’un accident, mais d’un meurtre. Et dans le film, on apprendra, à la fin, que c’est Angélique-la-sorcière qui a œuvré pour qu’il en soit ainsi. La culpabilité de Burton est donc levée. Le héros se range, le réalisateur aussi.

Autre symbole, le « M » de Méphistophéles. Il apparaît en enluminure dans un grimoire, au début du film. Méphistophéles est le diable incarné (dans Faust par exemple). On croit reconnaître dans cette représentation le « M » de MacDonald’s. Et, effectivement, lorsque Barnabas se réveille 200 ans plus tard, il se retrouve nez à nez avec une enseigne néon de MacDonald’s! On pardonnera la fausse discrétion du sponsor.

Les chimères des décors, en carton pâte sans ressemblance avec de la pierre taillée pour que Tim Burton fasse son cinéma, les heurtoirs des lourdes portes d’entrée, les coiffures aux clins d’œil à la Hitchcock, les armes blanches: tout se veut symbole, qui n’est cependant qu’un mélange subtil qui signe les films de Tim Burton.

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Un commentaire

  1. [...] de Tim Burton: asexué et étrange. Est-ce un poisson, un insecte, un cheval? s'interroge un blogueur, Jean-Jacques [...]

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