Savoir provoquer le hasard!

Le 12 décembre 2010, par Jean-Jacques URVOY
astrological chart on the background of the starry sky
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Lors d’une conférence  sur la recherche du sens dans le design et la communication,  laquelle prétendait fournir des méthodologies pour décrypter ce qu’il y a au-delà des « objets » de design et de communication, je suis intervenu sur un thème particulier: la synchronicité… Il nous est tous, en effet,  arrivés d’être confrontés à des coïncidences étranges, comme pour ma part rencontrer quelqu’un que l’on connaît bien à l’autre bout de la France, puis une semaine après à New York, puis à Paris le mois suivant; rencontrer partout le mot que l’on vient d’apprendre, pendant six mois;  penser à une idée et recevoir en même temps l’appel d’un ami qui vous donne la même idée, raccorcher et lire cette idée dans une revue… Ces évènements ont-ils un lien entre eux? Est-ce le hasard vraiment? Et finalement, peut-on  provoquer le hasard?

L’ensemble de ces étranges coïncidences s’appelle « synchronicité », du grec sun (avec), khronos (temps) et té (qui assemble). C’est à dire qui assemble avec le temps ( ce mot n’est pas dans le dictionnaire). C’est  Jung qui créa ce mot pour désigner “l’occurence simultanée de deux ou de plusieurs évènements reliés par le sens et non par la cause”. Et, par extension, la répétition du même évènement a priori sans lien aucun.
La plupart des gens ont au moins une fois dans leur vie approché lors d’une expérience intérieure profonde de ce que Jung appelle le Soi. D’un point de vue psychologique, une attitude spirituelle ou religieuse consiste en un effort pour parvenir à cette expérience unique, et pour accorder progressivement sa vie avec elle, de telle sorte que le Soi devient un partenaire intérieur vers lequel l’attention est constamment tournée.

Le fait que ce Soi appartienne à la matière inorganique ouvre un domaine à l’investigation et à la spéculation sur le lien entre ce qu’on peut appeler la psyché inconsciente d’une part, et la matière d’autre part, la matière pouvant être ici une suite d’évènements ou des évènements arrivant tous ensemble dans le même temps.

Jung amorce ici un nouveau concept, celui de la synchronicité,  appelé parfois  « concept de la coïncidence significative ». L’histoire la plus connue de Jung est l’histoire des deux scarabées. Un se cogna un jour contre sa vitre au moment précis où une patiente lui parlait d’un bijou en forme de scarabée, lequel lui avait été offert la nuit précédente dans un rêve. Chacun connaît des exemples de ce type. Tout cela a-t-il un sens? Tout cela est-il un signe qui m’encouragerait à travailler avec telle ou telle personne rencontrée « par hasard », en plusieurs lieux, à des moments rapprochés différents? A adopter l’idée que j’ai au moment même où cet ami me téléphone pour me la donner et au moment même où je vois dans cette revue qu’elle existe déjà ? Et doit-on tenir compte ce ce type de coïncidences pour décider, manager un projet?

Et pour ceux qui sont un tantinet paranoïaques, qui leur prouve que ces évènements n’ont pas été créés à leur insu? L’histoire dit que Jung et Freud, le 25 mars 1909, étaient précisément en train de discuter du lien entre la synchronicité et la psychanalyse quand le bois de la bibliothèque de Freud se mit à craquer. Les deux eurent paraît-il très peur. Interprétèrent-ils ces craquements comme une sorte d’interdit à aller plus en avant dans l’accès à la vérité, une vérité qui aurait été dérangeante pour la psychanalyse et l’humanité?  Les historiens s’interrogent en tout cas sur l’abandon soudain de l’intérêt de l’étude de la synchronicité par Jung, au moment même où il s’apprêtait à en consigner la théorie, mêlant psychologie à psychanalyse, voire magie, comme le souligne Michel Cazenave, l’un des rares français qui se soient penchés sur la question.

Dans ce domaine, tout reste à faire, la théorie reste à formuler. Le décryptage, selon un mode symbolique, d’une synchronicité, est en effet difficile parce qu’on manque d’outils. Mais ce décryptage, cette approche du sens, serait-il même explicite? Et même s’il l’était, enseignerait-il quelque chose?

C’est consciemment ou non que nous enchaînons des évènements par des relations selon le sens que nous avons désiré. Et si c’était consciemment? Et si notre psyché agissait sur la matière ou sur une succession d’évènements?

Les traditions asiatiques  nous convainquent que tel est le cas. Les arts martiaux, la lévitation, les arts divinatoires, le Yi Ching, le Taï Chi, le yoga, les techniques de recentrage de soi pour capter les énergies positives, pour que notre vie ne soit qu’une succession heureuse d’évènements positifs. Il est vrai qu’il y a des gens pour qui la vie est un fardeau constitué d’épreuves successives. Pour d’autres, au contraire, la chance semble leur sourire. On dit qu’ils ont la “baraka”.

Personne n’a démontré à ce jour que la loi des séries n’existe pas. A l’inverse, les coïncidences, si courantes, ont été étudiées par un biologiste, Paul Kammerer, qui semble avoir démontré le fameux deux sans trois. Dès 1919, il émet l’hypothèse qu’il existerait, dans l’univers, une force regroupant des “semblables” par affinités.

Jung intègre totalement comme clé de voûte à son oeuvre la synchronicité , puisqu’il fait de chaque évènement produit par la conscience un véritable acte créateur de vie.

Pour bénéficier, en quelque sorte, de ce phénomène, des sociologues et psychologues expliquent de nos jours qu’il nous faut élargir notre champ de conscience. Par des techniques de développement personnel, par la psychanalyse. Et par la confrontation à l’autre.

Certains spécialistes, comme Hubert Reeves et Michel Cazenave ( La synchronicité, l’âme et la Science, A. Michel Ed.), Jacques Salomé,…propose plusieurs étapes pour provoquer des évènements reliés par du sens:

– savoir observer,
– écouter son intuition en se dégageant de notre éducation rationaliste,
– cerner ses besoins,
– tenir un carnet de notes où vous notez des coïncidences pour constater que, plus vous notez, plus elles se multiplient,
– oublier le principe rationaliste selon lequel l’univers est constitué d’éléments séparés: toutes les traditions spirituelles et la physique quantique moderne nous expliquent le contraire. Les techniques corporelles orientales sont fondées sur le principe que tout est relié.

Alors, pouvons-nous agir sur les évènements? Ou bien à l’inverse, face aux évènements, mettons-nous du sens pour ne pas accepter qu’ils se produisent malgré nous? En tout cas, chacun aimerait cela. Et la problématique du destin semble se reposer. En resterons-nous au « Il n’y a pas de hasard? »

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