Pourquoi Hergé a rencontré Spielberg

Le 07 juin 2012, par Jean-Jacques URVOY
le lotus bleu - copie
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Spielberg a rencontré Hergé. Au-delà des montants faramineux lors d’une dernière vente aux enchères chez Art Curial, Hergé a le vent en poupe. C’est que Tintin, avec sa tête ronde et sa houpette, est l’archétype du héros universel. C’est ce qui fait de lui une grande marque. L’identité visuelle, c’est ce qui fait qu’un individu, ou un objet, un produit, une entreprise, une marque, est lui-même lorsqu’on le regarde. Pour un individu, c’est la “silhouette”, le look, la façon dont il s’exprime. C’est ce qui fait qu’on peut le reconnaître, le nommer, parler de lui à d’autres: Lucky Luke a une mèche et Tintin une houpette.

A l’adolescence, les jeunes cherchent leur identité. “Ils perdent leur peau d’enfant mais n’ont pas inventé leur peau d’adulte” (Françoise Dolto). La “nouvelle peau”, c’est “l’image de marque de l’individu. Mieux vaut avoir un bouton sur le nez qu’être “fade” ! La marque d’une entreprise est le reflet de sa personnalité. Raymond Loewy, inventeur du design, auteur de « La Laideur se vend mal », répétait souvent : “On a la marque qu’on mérite”.

Cette nécessité de marquer les objets est né du besoin d’identifier la provenance, lors de l’apparition d’intermédiaires de distribution. La marque signifie alors « garantie de qualité ». Les amphores, la Route de la soie, les Grands Commerçants, les meubles estampillés sous Louis XV,  Veuve Clicquot, première marque française moderne, Ferrari, marque mythique,… ont contribué à l’essor des marques, réunions d’un graphisme et d’un nom.

La richesse d’une image de marque passe souvent par la recherche et la richesse d’un symbole. Le symbole est un lieu où l’on se projette, on se perd. Comme celui du Tao, par exemple. Il renvoie à d’autres choses, en miroir, comme on se perd lorsqu’on cherche un mot dans un dictionnaire. Il est un écho à d’innombrables images qui, dans le cas d’une entreprise, participent à la mise en œuvre de son projet de marque. En fait, tout élément devient symbole à partir du moment où l’esprit fait un effort d’interprétation. C’est le sujet (vous) qui fait d’un élément qu’il voit un symbole en lui donnant une signification (un tableau abstrait, un jeu vidéo, un individu,…). Le sujet « fait » donc le symbole, parce qu’il peut interpréter à condition de disposer d’une culture suffisante.

Ainsi, depuis moins de 20 ans, de nouveaux symboles ont émergé, comme celui de Nike, comme les étoiles de BNP Parisbas, comme le mot-image « facebook ». Le symbole est le plus souvent universel: il est démontré par Jung que les humains possèdent un inconscient collectif. Cet inconscient leur fait interpréter des symboles, des logotypes, de façon identique sur n’importe quel point du globe. Les symboles sont étudiés et utilisés par les sémiologues, les publicitaires, et les designers graphiques, les concepteurs de supports web, d’une façon rationnelle ou irrationnelle. Ils peuvent être empruntés à des “registres symboliques” existants: l’Egypte, les religions, les mythes, la nature, une culture donnée, …

Tout est symbole. Les lettres sont des symboles. Par exemple, le “A” vient de “vache”, “vaca”. Les noms de marques qui se terminent en “a” renvoient au lait, au maternel, à la féminité, comme Nutella (je nourris mon enfant), Alsa, Nivea, Mobalpa, Maïzena, Amora, Gloria, ou Candia, marques-emblèmes du lait par excellence. Les couleurs sont des symboles elles-mêmes, tout comme les formes : le carré, le triangle, le cercle.

Chaque marque qui contient des formes et des couleurs universelles sont elles-mêmes universelles. C’est le cas de Tintin.

Tintin, devenu universel dès sa création, sans le savoir: sa tête est ronde, forme primale, comme le soleil ou la terre. Comme la lune magique perçue la nuit dans toutes les cultures du monde. La marque Orange est également universelle, association d’un carré (la terre) et d’un cercle (la forme désignée par le nom « orange »), telle un mandala. D’autres marques fonctionnent sur le même principe : Société Générale, Total, … On retrouve d’ailleurs cette « distorsion sémantique » dans l’œuvre d’Hergé, partout, comme cette couverture du Lotus bleu qui est rouge. Sur la même couverture, la marque Tintin est mise en scène : le regard se pose sur le lampion, est accompagné par le dragon jusqu’au vase chinois dans lequel Tintin semble naître, avec son chien, et regarder au loin l’aventure qui l’attend. Chaque couverture pourrait ainsi être expliquée, comme Le Trésor de Rackham Le Rouge, Tintin au Tibet, Le Temple du Soleil. Spielberg ne s’y trompe pas, qui connaît le potentiel narratif des images : il a voulu les droits de la marque Tintin, il les a utilisés une première fois dans Les Aventuriers de l’Arche perdue, et les utilise à nouveau une seconde fois dans son Tintin, dont le second volet sera réalisé par Peter Jackson.

C’est que Hergé et Spielberg ont compris ce qu’est un héros, avec sa quête, ses obstacles pour aller délivrer le monde du mal. Les héros sont prétexte à la narration d’histoires, comme les marques sont prétextes à discours. On appelle ça du storytelling, qui existe en fait depuis la nuit des temps.

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3 commentaires

  1. Jean-Jacques URVOY dit :

    Pas forcément, c’est parce que, historiquement, les actrices pornographiques viennent des pays scandinaves ou des pays de l’Est: Ulla, etc. Ou alors donnez-moi vos sources, ça m’intéresse.

  2. Jean-Jacques URVOY dit :

    Qu’est-ce que vous en savez ?

  3. [...] comme Tintin, est très fédérateur pour la famille. Il réunit, telle une marque comme Lego, les enfants et [...]

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