Elsa Triolet et son Frigidaire

Le 21 août 2012, par Jean-Jacques URVOY
frigidaire aragon
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Un grand parc, avec en son centre la tombe d’Elsa Triolet et d’Aragon. Un moulin qui était plus la maison d’Elsa la russe pour laquelle Aragon voulait « un petit coin de France », près de Dourdan. Elsa, comme une maîtresse de maison, pensa et décida la décoration, des meubles, et … le Frigidaire. Le réfrigérateur du couple trône dans une cuisine immense. Celui-là a été ouvert par Picasso, Neruda, Sadoul, qui déjeunaient à la cuisine. Une occasion de retrouver des marques dans leur contexte de l’époque.

Depuis le 16 juin 1970, date à laquelle meurt Elsa, rien n’a changé. Le calendrier, cadeau d’un imprimeur de livres est resté à la page du 16, et jamais Aragon ne la tournera plus. 

Le Frigidaire est immense, designé par Raymond Loewy. Le Frigidaire, né de General Motors, a d’abord été un moteur avant d’être designé, l’esthétique l’emportant sur le fonctionnel. Marque aujourd’hui déposée par Electrolux, elle vit bien, là, dans la maison d’Elsa et d’Aragon. L’objet est caréné comme les belles voitures américaines des années 50, ou comme les postes radio TSF, dont on peut voir, dans la maison, celui d’Aragon.

Les marques et les objets traduisent la culture de l’époque

Tout est à l’avenant dans cette maison. Le design est contemporain aux années de grand amour du couple, des formes rondes, solides, de la pâte de verre. Le tout donne un goût désuet aujourd’hui mais voilà : on chemine entre des livres dédicacés auxquels on a accès, comme celui de Georges Sadoul, ami de la famille, complice révolutionnaire de longue date, dès 1930. De la littérature d’Elsa, du rayonnement d’Aragon, de ses poèmes, il n’en est pas question ici, comme si l’intime se réduisait exclusivement au bonheur d’une maison dans laquelle Aragon garde toujours ses cravates, même en jardinant, soucieux de son image, après s’être mis à nu dans des ouvrages très lus à l’époque.

La maison, paisible, incarne ce que Paris avait de plus d’intellectuel à l’époque. Aujourd’hui, on appellerait cela des bobos parisiens, incarnant une certaine vision universelle du monde, au travers de l’accent si charmant d’Elsa, des bijoux qu’elle créait pour le monde entier, des livres qu’elle écrivait, en russe puis en français. Au travers du regard amoureux, mais cependant distant d’Aragon, qui préférait dormir à Paris. Ces deux-là invitaient le tout-Paris, et chaque artiste venait avec un tableau, un objet, un livre, un poème. Ce qui remplit la maison d’une atmosphère si particulière.

Merci à Claire et Guy Girondin pour cette visite privée. Plus tard, je le sais, nous visiterons leur maison.
Pour visiter la maison d’Elsa Triolet et d’Aragon, visitez le site.

 

 

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