Eau et Mythes

Le 04 janvier 2011, par Jean-Jacques URVOY
eau
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Le CIEAU (Centre d’Information de l’Eau) nous rappelle sur son site que l’eau a toujours mis en jeu l’ensemble de la collectivité. Il y a en effet un lien entre les dévotions rendues à l’eau et les fêtes des villages qui réunissaient tous les habitants, notamment lors de la nuit de la Saint-Jean, au cours de laquelle les villageois rendaient hommage aux eaux régénératrices en dansant autour des feux. De même, parfois, les habitants de toute une région se réunissaient en pleine forêt pour se baigner, sorte de moment d’intense thérapie collective.

La vertu guérisseuse des fontaines, fontaines de jouvence renvoyant à l’enfance, compte également parmi une croyance fortement ancrée. On en voit une près de l’Abbaye des Vaux de Cernay. En fait le véritable principe organisateur de ces fontaines est l’âge : elles sont en effet spécialisées selon les âges de la vie. La symbiose symbolique entre l’eau et l’enfance est évidente, tant la valeur d’eau primordiale du liquide amniotique est connue. Nous le constatons dans les études que conduit URVOY CONSEIL auprès des enfants. A l’âge adulte également, l’eau miraculeuse était également utilisée, d’une part pour lutter contre la fièvre, d’autre part pour contrer trois types principaux problèmes : ophtalmies, problèmes cutanés et rhumatismes. De nos jours, des marques de cosmétiques utilisent ces références, comme la marque de la boisson ayurvédique The Green and Blue Veda, surnommée Happy Water. L’ensemble des éléments qui touchent l’eau et la préparent sont chargés de son pouvoir sacré : vase des bassins, boue, terre, mousse… Ainsi, la plante poussée entre les pierres du bassin ou du puits assuraient un bon accouchement, le pied de fougère avait le pouvoir de délivrer des tumeurs du pied. De plus, l’eau n’était considérée comme vraiment efficace que selon un cheminement précis. Quand elle était appliquée sur le dos douloureux d’un rhumatisant, elle faisait régresser la maladie en en suivant le cours : de la nuque aux reins en passant par les omoplates et tout le système locomoteur.

Par exemple, à la source Uronea (Ur onea signifie « bonne eau » en basque), au cœur du pays Basque, l’eau qui jaillissait rituellement le 8 mai servait à laver les yeux des aveugles, aussi bien qu’à soigner les jeunes filles tuberculeuses, ou les articulations sclérosées des vieillards…



Baptême de Clovis



Si dans les traditions païennes et celtiques, l’eau des sources et des fontaines signifie l’abondance et la guérison, les trois religions monothéistes se sont formées au contact de la rareté de l’eau, précieux don de Dieu. Les images bibliques fondamentales que sont les sources de l’Eden ou le Déluge ont produit des symboliques et des rites qui sont encore en pratique aujourd’hui. Dans le judaïsme, la valeur principale que prend l’eau est celle de la pureté et, en effet, les rites purificatoires sont très nombreux dans la religion juive. Ainsi, après la destruction du temple, l’importance de l’eau s’étend des pratiques des prêtres à celles du peuple juif tout entier, la purification ayant alors valeur d’aide à la reconstruction du temple. Ce sont donc non seulement les prêtres qui doivent se laver les mains après avoir lu les textes sacrés mais chaque fidèle, pour bien séparer ses activités religieuses de ses activités profanes. Aujourd’hui encore, nombre de fêtes respectées par des familles juives comprennent un ou plusieurs moments de lavage des mains : prière de Pâque, de Rosh Ashana (le nouvel an).

L’ensemble des textes du Nouveau Testament se présente comme un « accomplissement de l’Ancien Testament, c’est-à-dire un prolongement des mêmes valeurs et symboles. En ce sens, l’eau chrétienne poursuit l’eau judaïque en lui donnant sa spécificité, notamment autour des thèmes centraux de l’eucharistie et de la résurrection. Cette eau est indissociable de la figure de Jésus. Ainsi, c’est le baptême qui fonde le plus symboliquement le christianisme. Ce rite est accompli par Jésus lui-même, qui avec toutes les foules de l’époque se soumet à l’immersion dans le Jourdain sous la conduite de Jean le Baptiste. C’est son contact avec l’eau qui révèle sa divinité et par conséquent le caractère fondamental de son acte : plonger et resurgir de l’eau, tel est le sens profond du message christique. Cependant, comme le note l’historien des religions Odon Vallet, le christianisme ne s’est pas contenté dans sa façon d’utiliser et de diviniser l’eau de poursuivre le judaïsme d’origine. Il s’est également inspiré des religions dites premières. Ainsi, chez les Mayas Quiché, on aspergeait la tombe des défunts comme aujourd’hui le prêtre catholique pratique une aspersion aux enterrements.

Dans l’islam, l’eau occupe également une place essentielle. Elle accompagne et symbolise les appels du Prophète à la pureté, notion centrale de cette culture. Selon Mahomet, la pureté c’est déjà la moitié de la foi, et se purifier est le premier acte d’engagement de tout musulman. La purification est, dans ce contexte, permise tout particulièrement par la pratique des ablutions.

Dès les temps mythiques de la séparation d’Israël et d’Ismaël, l’eau intervient. En Effet, lorsqu’Hâdjar, la servante d’Abraham qui porte son fils est abandonnée dans le désert, elle n’est sauvée que par le jaillissement d’une source aux pieds de son enfant. Le murmure de l’eau -zam zam- donne son nom au premier puits sacré de l’islam : le zam-zam.

Le Coran raconte aussi que Mahomet, recevant la parole de l’ange Ibraîl, demande qu’on le couvre d’une cape et qu’on l’asperge d’eau. C’est cet exemple originel que chaque musulman est invité à son tour à suivre. La pratique de l’ablution intervient ainsi de nombreuses fois dans la vie d’un musulman pratiquant : au moins une fois lors des cinq prières quotidiennes, et au cours des moments exceptionnels que sont les accouchements, les rites funéraires ou les mariages.



Fontaine de Jouvence



Tout commence avec l’eau miroir, explique Gaston Bachelard. C’est le miroir de la fontaine qui ouvre l’imagination. Pour l’Homme qui se mire et se cherche, l’eau devient un véritable écho visuel. On pense ainsi notamment au célèbre Mythe de Narcisse, réinventé au cours des siècles par les poètes. Cette purification rénovatrice se concrétise dans la fontaine de Jouvence. L’un des mythes les plus anciens attribuant une importance régénératrice à l’eau, la fontaine de Jouvence symbolise la jeunesse et l’immortalité. Le mythe de la fontaine de Jouvence a souvent été réutilisé par des artistes. Ainsi, elle est représentée dans le Jardin des délices de Jérôme Bosch. Les images positives sur l’eau peuvent laisser place à des aspects moins réjouissants. L’eau est associée à la mort : la mort comme une navigation infinie sur une eau infinie. La douce Ophélie, la sacrifiée d’Hamlet, est alors une figure vouée à flotter dans un long souvenir d’innocente mort.  Tout au long de sa pièce, Shakespeare ne cesse de souligner le lien entre la femme, la mort et l’eau. Enfin, parlons de la licorne; féérique, fabuleuse. La licorne est dépeinte comme un cheval blanc, doté d’une corne torsadée au milieu   de son front. Elle est évoquée pour la première fois par l’historien grec Ctesias, vers 389 av JC, sur l la base de récits de voyageurs. Elle symbolise la puissance, la beauté, la noblesse et la pureté. Sa corne unique lui  donne des pouvoirs incroyablement mystérieux. La légende nous raconte que sa corne pouvait séparer les eaux polluées, déceler les impuretés et les poisons ; et purifier les points d’eaux infestés par les vermines et serpents.

Source:  Centre d’Information de l’Eau

Baptême de Clovis à Reims, vitrail de la Cathédrale de Chartes © Gaud Ed., Fontaine de Jouvence © Abbaye des Vaux de Cernay,  photo de début d’article © fotolia.

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