Corto Maltese jette l’ancre à Paris.

Le 30 décembre 2011, par Jean-Jacques URVOY
mfm1
1 Flares 1 Flares ×

On se souvient dans ce même blog de l’article sur la symbolique d’Hergé qui montrait que « Tintin » est universel parce que géré, même inconsciemment, comme une grande marque. Spielberg, on l’a vu cette année, avait tout-à-fait remarqué le fonctionnement symbolique du personnage d’Hergé. Nous avions ici aussi consacré un autre article à Hugo Pratt lors d’une remarquable exposition à la Pinacothèque de Paris. Aujourd’hui, une exposition explique la symbolique d’Hugo Pratt, et démontre des correspondances entre Corto Maltese et les symboles.

Parce qu’il est d’abord artiste, Hugo Pratt est un personnage à part de la bande dessinée. Peintre, sculpteur, il fait d’abord de la bande dessinée pour des raisons alimentaires. Et il invente Corto Maltese, héros toujours en voyage.  Dans l’album Fable de Venise, son héros traverse l’univers de la franc-maçonnerie, et il n’en fallait pas moins pour y consacrer une exposition à Paris en 2012.

Cette exposition, au Musée de la franc-maçonnerie, montre plusieurs planches intéressantes, dont certaines dessinées en 1994, où il éprouve le besoin d’intégrer une scène maçonnique. Dans l’album Les Helvétiques, l’allusion à la franc-maçonnerie est plus directe. Car il traverse des épreuves comparables, nous dit l’exposition, à une cérémonie d’initiation.

Hugo Pratt fait de Corto Maltese  un mythe moderne. Hugo Pratt est certes un artiste, mais aussi érudit. A sa grande sensibilité est associé un grand savoir. Autant chez Hergé, la « ligne claire » rend le décalage pictural entre réalité et fiction important (ce que Spielberg efface quelque peu), autant chez Corto Maltese la fiction devient réalité, servie par un trait réaliste, travaillé. Lorsqu’on lit la Ballade de la Mer salée, on peut croire qu’il s’agit d’une amorce de biographie.  On peut croire que Hugo Pratt s’est inspiré d’un personnage réel, un Colto Maltese dont il aurait gardé le nom. Pratt utilise dans ses aventures des symboles universels et intemporels, comme pour l’identité visuelle d’une marque. L’ histoire, le storytelling dirait-on,  est une quête: il change de monde pour atteindre un but, fréquente d’autres cultures, rencontre des femmes et des hommes avec une même délicatesse de sentiments.

L’exposition au Grand-Orient de France laisse entrevoir la tolérance de Corto Maltese, tolérance que prônent les francs-maçons. Lorsqu’il était jeune, Corto Maltese avait suivi un enseignement initiatique au travers d’arts martiaux, dans une école de kendo. Il a parachevé son art du combat en Chine. Hugo Pratt interprète dans son œuvre les symboles profonds de l’humanité, les mythes culturels, philosophiques et religieux, quelles que soient les régions visitées. Si Tintin est avant tout franco-belge, Corto Maltese est de nulle part.

Cette exposition rappelle les références culturelles d’Hugo Pratt. Elle fournit au lecteur un outil pour pouvoir les appréhender et donc mieux comprendre l’univers de l’auteur. La franc-maçonnerie n’est pas la clé d’entrée de l’exposition,  qui puise à de nombreuses sources: voyages, amours, musiques, contes, … Elle présente à la fois une quarantaine d’œuvres originales d’Hugo Pratt (aquarelles, planches…) et des objets ayant appartenu à Hugo Pratt, maçonniques ou non.

Exposition Corto Maltese, Musée de la franc-maçonnerie,Grand-Orient de France, 16 rue Cadet 75009 Paris. Avec le concours des Musées de France, du Ministère de la Culture, de la Région Île-de-France, de la Mairie de Paris, à partir du 15 février au 15 juillet 2012. Pour tous renseignements, contacter: Eloïse Auffret, attachée de conservation, 01 45 23 43 97.

Le projet d’identité visuelle du Musée de la franc-maçonnerie a été conduit par URVOY CONSEIL, partenaire de La simple agence.

Photo © Musée de la franc-maçonnerie.

 

1 Flares Twitter 0 Facebook 0 Google+ 1 1 Flares ×

Laisser une réponse